Acheter un bien immobilier avec des cryptomonnaies en France, ce qui est possible et la méthode pour sécuriser la transaction

Achat18/06/26Laëticia Baudoin9 min
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Acheter un bien immobilier avec des cryptomonnaies en France, ce qui est possible et la méthode pour sécuriser la transactionVous pouvez acheter un bien immobilier en mobilisant des cryptomonnaies en France, mais, en pratique, le paiement doit être organisé pour aboutir en euros chez le notaire ou passer par une exception juridique formalisée dans l'acte. La méthode la plus fluide consiste souvent à convertir via un prestataire conforme, puis à payer classiquement. Si le vendeur accepte un règlement en crypto, il faut cadrer le contrat au millimètre pour limiter les contestations et les blocages de conformité.

Ce que le droit français vous autorise vraiment, et ce que cela implique chez le notaire

La règle est simple : en France, « toute obligation de somme d'argent » doit en principe être exécutée en euros. C'est l'article 1343-3 du Code civil. Les cryptomonnaies, même si elles circulent largement depuis la mise en marché du secteur (repères 2008-2009), ne sont pas une « monnaie ayant cours légal ».

Juridiquement, vous manipulez des actifs numériques (Code monétaire et financier, art. L54-10-1). Concrètement, le notaire ne « reçoit » pas de la crypto comme il reçoit un virement en euros sur sa comptabilité. Il faut donc choisir une architecture de transaction compatible avec l'acte authentique.

Prudence, donc : à ce jour, il n'existe aucune jurisprudence directement liée à une transaction immobilière en cryptomonnaie. Cela ne rend pas l'opération impossible, mais cela impose une rédaction contractuelle très explicite. Et si vous vous demandez pourquoi le sujet est devenu grand public, un repère circule : environ 8 % des citoyens détiendraient des cryptomonnaies.

Choisir votre voie : conversion en euros ou paiement en crypto

Premier cas de figure : vous convertissez vos cryptos en euros via un prestataire, puis vous payez le prix en euros « comme d'habitude » chez le notaire. C'est souvent la voie la plus acceptable, car elle colle à l'exécution en euros.

Autre hypothèse : le vendeur accepte d'être payé en crypto. Là, vous ne pouvez pas improviser. L'accord doit être explicite et le contrat doit fixer comment on valorise la crypto et comment on prouve le transfert.

MontageCe que le notaire attendVos points de vigilance
Conversion en euros via PSAN/PSCAEuros virés depuis un compte bancaire identifié, avec origine des fonds documentéeFrais et délais de conversion, limites de virement, conformité KYC, cohérence des justificatifs
Dation en paiement (paiement en crypto)Clause de dation et de preuve, définition du taux et de la date de référence, modalités de transfertVolatilité, erreurs d'adresse, irréversibilité on-chain, gestion d'un échec de condition suspensive

Si le vendeur accepte la crypto : la dation en paiement, pas à pas

Le mécanisme juridique mobilisé est la dation en paiement (Code civil, art. 1342-4) : le vendeur, en tant que créancier du prix, accepte de recevoir autre chose que des euros pour éteindre la dette. Deux conditions cumulatives doivent être remplies : l'accord du vendeur et une formalisation nette dans le compromis puis dans l'acte authentique.

Dans la pratique, je recommande de raisonner comme un juriste et comme un opérateur technique. Que se passe-t-il si l'adresse de wallet est erronée, si le réseau est congestionné, ou si le transfert échoue alors qu'une condition suspensive n'est pas levée ? Votre acte doit prévoir les modalités de transfert et les preuves attendues.

  • Actif accepté : bitcoin, ether, stablecoins (désignez précisément).
  • Valorisation : source du taux (exchange ou indice), date et heure de référence, marge acceptable.
  • Preuves : hash de transaction, captures, attestations, procédure de vérification par le notaire, annexes à l'acte.
  • Frais de réseau : qui les supporte, et comment on gère une différence entre montant envoyé et montant reçu.

Anecdote de terrain : j'ai déjà vu des discussions se tendre uniquement parce que la « date de conversion » n'était pas fixée. Chacun a sa logique : l'acheteur vise un point bas, le vendeur un point haut. Un horodatage contractuel et une source de taux désignée évitent ce duel stérile.

La voie la plus simple côté notaire : convertir via PSAN ou PSCA

Si votre objectif est de signer vite et proprement, la conversion en euros via un prestataire enregistré ou agréé est souvent la plus fluide. Le cadre se rattache aux prestataires (références AMF, statuts PSAN et PSCA, et cadre européen MiCA selon les services). Le notaire, lui, veut une mécanique lisible : des euros qui arrivent depuis un compte bancaire identifié et une origine des fonds documentée.

Un exemple factuel illustre le montage : une banque française enregistrée comme PSAN a été associée à une opération sur un bien évoqué autour d'1 million d'euros, payé en partie en ether, avec un mécanisme contre la volatilité (versement d'une contre-valeur en euros, puis reliquat reversé). L'idée à retenir n'est pas le storytelling, mais la structure : sécuriser la contre-valeur en euros et encadrer le reliquat.

Attention aussi à ce qui ne se négocie pas : même si le prix est réglé en crypto ou issu d'une conversion, une partie doit être payée en euros. Notamment les droits et taxes, et les frais liés à l'acte, dont il est rappelé que 80 % des « frais de notaire » correspondent à des impôts et taxes. Prévoyez une poche d'euros dédiée, avec un calendrier de disponibilité.

LCB-FT : l'origine des fonds, la vraie ligne d'arrivée

Le notaire est tenu par les obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT) (Code monétaire et financier, art. L561-2 et suivants). Il doit comprendre d'où vient l'argent, comment il circule, et si le schéma est cohérent avec votre situation. En cas de soupçon, des acteurs publics comme TRACFIN peuvent être concernés, et d'autres autorités peuvent entrer en jeu.

Concrètement, la traçabilité on-chain et off-chain est déterminante, surtout si vous avez utilisé des plateformes étrangères, plusieurs wallets, et des mouvements successifs. Au préalable, préparez un dossier qui raconte vos flux de manière chronologique et vérifiable.

  • Justificatifs d'acquisition : historique d'achats sur exchange, relevés, confirmations d'ordres, preuve de dépôt initial.
  • Trajet des fonds : adresses de wallets, exports CSV, correspondance vers comptes bancaires.
  • Cas spécifiques : mining, staking, airdrops, cadeaux, transferts familiaux, donations, héritage.

Vous pouvez aussi produire un rapport de traçabilité avec des outils cités comme Chainalysis ou TRM, dans une logique de « screening » d'adresses à risque. Un rapport utile doit rester lisible et raccord avec vos pièces KYC et bancaires. Gardez en tête ses limites : faux positifs possibles et arbitrage entre confidentialité et preuve.

Dernier point administratif à ne pas négliger : si vous détenez des comptes ouverts auprès d'opérateurs étrangers, l'obligation de déclaration peut s'appliquer. Alignez cette exigence avec votre dossier notarial, pièces à l'appui.

Fiscalité : convertir ou payer en crypto, dans les deux cas, pensez « cession »

Dès que vous convertissez des cryptos en euros, vous déclenchez un événement taxable au titre des cessions d'actifs numériques (CGI, art. 150 VH bis). Le régime par défaut est le PFU 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux). Il existe une possibilité d'opter pour le barème progressif, à apprécier selon votre situation.

Et si vous payez en crypto via une dation ? La prudence consiste à raisonner de la même façon : documenter la valeur en euros au moment retenu contractuellement, puisque vous utilisez un actif numérique pour éteindre une dette en euros. Le notaire voudra la cohérence entre la valorisation, l'acte, et vos justificatifs d'origine des fonds.

Volatilité : encadrez-la, sinon vous renégocierez à la dernière minute

La volatilité n'est pas un détail. Un cas relayé fait état d'une perte de 7 % sur des stablecoins et d'une « marge de sécurité » de 30 % pour absorber les variations, avec une offre à 370 000 euros et une exigence de 481 000 euros en stablecoins, puis remboursement du surplus. Il est aussi mentionné qu'un actif comme le bitcoin peut perdre 30 % en quelques jours. Votre contrat doit transformer cette incertitude en paramètres gérables.

Ma règle de rédaction: si le taux, la date et le plan de repli ne sont pas écrits noir sur blanc, la volatilité décidera à votre place.

La solution ? Prévoir une clause de réajustement, une marge, une source de taux, et un couloir de variation accepté, avec un plan B : conversion immédiate, report de signature, ou annulation selon les conditions prévues. Vous gagnerez en prévisibilité, et votre vendeur aussi.

Votre feuille de route opérationnelle, dans l'ordre

Avant même l'offre, validez l'acceptation du vendeur, choisissez un notaire à l'aise avec la dation et la preuve on-chain, et anticipez les contraintes bancaires de réception de gros virements. Dans un premier temps, constituez le dossier LCB-FT. Puis seulement, verrouillez le compromis, le séquestre et le calendrier de conversion ou de transfert. Si vous avez des doutes sur des aspects légaux ou sur les étapes à suivre, vous pouvez consulter des sources spécialisées en immobilier, comme le blog immo https://lesgrandesmaisons.fr/.

Pour exécuter proprement, gardez trois idées : vous aurez des paiements incompressibles en euros, la traçabilité doit être prête avant que le notaire ne la demande, et la valorisation de la crypto doit être objectivée à une date et une heure prévues. Vous disposerez ainsi d'une preuve, en cas de litige, et vous réduirez fortement le risque de dossier bloqué à quelques jours de la signature.

À propos de l'auteur

Laëticia Baudoin

Laëticia Baudoin

Je m'appelle Laëticia Baudoin et j'écris avec une approche pédagogique et pragmatique pour vous aider à comprendre, pas à pas, les règles juridiques et administratives liées au logement. Mon objectif : traduire les notions (LRAR, dépôt de garantie, mise en demeure) en actions simples, vérifiables et sécurisées.